Chers Directeurs...
Les Directeurs se donnent à fond à l’Association Nationale des Directeurs de l’Action Sociale et de Santé (ANDASS)
Petit Flashback en septembre 2016, les Directeurs de l'action sociale se réunissaient à Paris...
Les journées de l’Association Nationale des Directeurs de l’Action Sociale et de Santé (ANDASS) se tiendront cette année, Ô joie, à Paris.
A cette occasion, l’équivalent du budget annuel des Restos du Cœur parisiens sera dépensé en viennoiseries et autres petits fours, et quelques services auront la chance d’être repeints et nettoyés-comme-jamais à l’occasion de la visite de courtoisie des Directeurs…
Bref, un évènement.
Mais qui sont ces chers directeurs et que vont-ils faire de leurs 3 jours à Paris ? A vrai dire, j’en sais pas grand-chose. Mais puisqu’ils se permettent de fantasmer sur mon boulot au quotidien (et me confondent allégrement avec une secrétaire fan des formulaires et QCM), je vais pas me gêner à faire pareil !
Le directeur d’action sociale et de santé, portrait.
Le DASS, il est comme tout le monde, mais en mieux.
A l’instar de 90% des personnes employées dans le secteur médico-social, le directeur est un mâle (« un directeur » / « une assistante sociale » / « une secrétaire »). Il porte un costard de couleur sombre, une cravate et une chemise à manches longues, toujours, même en pleine canicule : le directeur ne sue pas, il suffit.
Il est inutile de parler au directeur : il sait, il s’écoute.
Le directeur d’action sociale, le social c’est sa passion (surtout dans les tableurs et de loin). D’ailleurs, une fois, le directeur d’action sociale il a discuté avec une personne démunie, préalablement sélectionnée, parfumée et briefée par toute une équipe avant la rencontre. Mais cette rencontre a tout appris au directeur d’action sociale qui y fait référence au moins aussi souvent que Nadine Morano à son « amie noire ».
Alors, désagréable le directeur ? Bien sûr que non ! Comme tous ceux qui ont réussi, le directeur, pour en arriver là, a dû coucher : il est donc forcement un peu séduisant, charmeur et/ou charmant. Mais ne t’y laisses pas prendre malheureuse ! Il n’y a, hélas, que dans les comtes de Twilight que les histoires d’amour avec des mecs aux dents longues finissent bien !
Bref, les journées de l’Andass, c’est une poignée de beaux-parleurs grisonnants en costard qui débarque à Paris pour réfléchir ensemble aux meilleures façons de rentabiliser la relation d’aide, éliminer les problèmes liés à l’éthique des professionnels, résoudre les problèmes liés à la maladie et à la pauvreté au budget.
Mais que vont-ils faire de leurs 3 merveilleuses journées (accessibles au tarif imbattable de 480€ hors hébergement) ? Penchons-nous sur leur emploi du temps !
Jour 1 : Parcours.
Nos aventureux-directeurs partent en « immersion » dans un univers réel parallèle, où les services sont beaux, propres et bien équipés, où les agents sont heureux et hochent constamment la tête, où tout fonctionne de façon économe et où le pauvre est docile-et-sent-bon.
Les directeurs vont visiter des hauts lieux du social parisien. Des services secrets (dont l’adresse ne leur sera communiquée que la veille par SmS) actuellement en train d’être repeints et nettoyés du sol au plafond en vue de ces rencontres d’exception. Les chefs de ces services, honorés, ne manqueront pas de se fendre des traditionnels mails invitant les agents à adopter une tenue impeccable pour accueillir les pontes. Le jour J, la cheffe de service sera méconnaissable (ayant investi dans l’anticerne pour l’occasion) et stressée comme la maitresse de CM1 à l’arrivée de l’Inspecteur.
Jour 2 : Innovation sociale.
Nos inventifs-directeurs vont commencer à penser innovation sociale. Un moment crucial et déterminant pour nous autres, professionnels et usagers cobayes.
C’est durant cette journée, marquée par des ateliers, qu’on en apprend le plus sur nos chers directeurs. En regardant le programme de plus près, on réalise que nos énarques aiment être enfermés entre eux plusieurs heures, le speed dating et les playmobils. Donc, oui, pendant les journées de l’Andass, ils vont s’enfermer entre eux, faire du speed dating et jouer avec des playmobils : c’est grâce à ça qu’ils reviendront pleins d’idées pour diriger l’action sociale…
Fin de la journée : apéritif et diner de gala. Ensuite tout le monde retourne à l’hôtel. Franchement, maintenant que je sais que nos très sérieux directeurs, s’enferment entre eux et se cachent pour jouer aux playmobil, je les vois bien rentrer à l’hôtel avec une dominatrice, enfiler une couche et réclamer d’être nourris au biberon ! Ca me ferait presque marrer, mais, vu la dégradation de nos conditions de travail, j’ai plutôt envie d’acheter un fouet et taper sur la couche du « vilain bébé directeur » en arborant un t-shirt NPNS : Ni Playmobil Ni Soumise.
Jour 3 : Plénières.
Nos coquins-directeurs sont fatigués après avoir tout donné la veille au soir. Du coup, la « journée » ne durera qu’une demi-journée.
Au programme, deux « plénières ». Pendant la première, à l’heure – proche du café – où tout le monde sera encore un peu frais, un type de L’Oréal et un type des biscuits St Michel vont venir donner des idées aux directeurs d’action sociale et de santé (ai-je vraiment besoin de faire un commentaire ?).
Puis, pour conclure, alors que l’effet du café se dissipera et que le biberon de la veille se rappellera douloureusement aux estomacs de nos directeurs, on parlera un peu moyens, lenteurs administratives et usagers. Mais pas trop longtemps, L’Oréal et St Michel ont pris du temps et c’est l'heure de l’ultime buffet : la dernière chance pour ceux qui ne se sont pas croisés au Speed Dating ou au diner de gala, d’échanger leurs cartes et autres bons plans (cabinet d’audit pas chers, nouveautés Playmobil, couches en gros…).
3 journées de l'ANDASS, 362 jours à les payer...
Nos directeurs reprendront ensuite le chemin de leurs directions, armés d’une multitude d’idées de directives nouvelles. D’ici neuf mois, ces idées accoucheront dans la douleur (pour les équipes de direction) de bébés-projets que nous autres, petites mains du social, serons sommés d’élever au rang de grand projet digne de remporter un prix Territoria.
Préparez-vous donc d’ores et déjà, petites mains ! Comme tout bébé qui se respecte, ce projet à venir sera sans doute bruyant (Regardez, c’est moi, le SUPER projet du Directeur pour sauver le monde !), et pas propre (il n’est pas accompagné des moyens nécessaires à sa mise en œuvre, du coup il merde un peu beaucoup), et il y a fort à parier qu’il demandera beaucoup de patience et de travail pour qu’il finisse par s’adapter, un peu, au monde auquel il est destiné. Sinon, au pire, on perdra du temps à faire des trucs qui n’ont pas de sens (des statistiques visant à démontrer qu’un dispositif dysfonctionnant fonctionne) et on laissera notre chaine hiérarchique enjoliver légèrement les choses et faire le téléphone arabe jusqu’aux oreilles du directeur pour qu'il soit ravi de s’entendre dire « C’est le projet du siècle, il a sorti 20 personnes du cancer et guérit 56 RSA ».
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