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Publié par DASES-SUPAP-FSU

Lettres de Stendhal Volume I : Par V.

Lettres de Stendhal Volume I : Par V.

Madame,

 

Avec la vivacité et la grâce qui vous sont naturelles, vous avez fait vos malles. Ni les mots ni les larmes ne sauraient à eux seuls traduire la contrition de mon âme.

 

Il y a plus de 20 ans, je vous vis arriver, étudiante en travail social, après avoir œuvré toute une décennie en secteur commercial. Délaissant le marketing, c’est la relation d’aide, la solidarité qui vous menaient à moi, pour mon plus grand bonheur.

 

Votre mémoire de fin d’étude, consacré à la valeur symbolique de la consommation des ménages surendettés, aurait pu trouver place dans les meilleures bibliothèques universitaires. Je l’ai lu par amour mais mon esprit étroit fut bien vite piqué de la plus vive curiosité, à la lecture de votre prose documentée et humanisée. Comme chacun de vos écrits, peaufinés le soir à la lueur des bougies, vous le rendites inquiète et obtinrent votre diplôme avec les félicitations du jury… En vous voyant écrire, certaines de vos collègues imaginaient que vous briguiez un prix littéraire du rapport social.

 

Jeune diplômée, et reçue au concours, vous vinrent travailler dans mon équipe et dans mes locaux. C’était plutôt le rouge et le rouge à l’époque, et vous devinrent très vite celle que tous les habitants du 20è arrondissement dénommaient en secret « la charmeuse de perm ».

 

Assistante sociale d’accueil, vous excelliez dans la sélection, la précision et la transmission des informations capitales pour vos collègues et votre public : ouverture d’un point de vente lunettes CMU.C Fashion, alinéa 12 du décret 24, permettant d’obtenir à titre dérogatoire la Carte Paris Famille pour les parents ne bénéficiant pas de la résidence habituelle de leurs enfants ...etc

Assistante sociale d’accompagnement, vous avez donné de vos heures et de votre personne auprès des habitants du « 140 » qui regrettent c’est sûr vos irruptions en scooter, Starsky et Hutch des affaires signalées.

 

Elégante, vous l’avez toujours été. Si vos étoffes et votre parfum provenaient d’échoppes choisies, jamais vous ne faisiez remarque à quiconque de son apparence ou de son odeur. Vous pouviez, sans apnée, oublier, le temps d’un entretien, le fumet indélicat d’un usager, centrée avant tout sur sa détresse et sa précarité.

 

Parfois je vous ai cherchée, dissimulée sous une pile de dossiers verts et des volutes de fumée. Et mon offuscation fut à son comble le jour où un partenaire de la CAF vous confondit avec « un vieux Monsieur qui va très mal » du fait de votre voix profonde et rocailleuse.

 

Je vous ai parfois vue, bouillonnante, créative, Olympe de Gouges des cérémonies d’Adieu. Metteuse en scène officielle, vous fédériez les idées, organisiez les chansons, listiez le matériel et ne dormiez pas la veille de peur d’un couac dans la représentation. Consumée par la flamme artistique et créative, vous pouviez écraser votre cigarette dans votre paume de main, piétiner votre foulard en soie sauvage, confondre votre crème Out of Bed avec le Houmous de votre déjeuner, pour l’amour de l’art, qui vous le rendait bien.

 

Jamais je n’ai vu vasciller votre engagement professionnel. Une personne reçue par vos soins avait la garantie de trouver une écoute, une attention, l’ensemble de ses droits ouverts y compris ceux ignorés du grand nombre, même de vos collègues. Vous allez, c’est certain, poursuivre sur cette lancée et aller enchanter la rue du Surmelin.

 

Mais vous me manquerez. Votre départ me prive du plaisir quotidien de côtoyer votre être et vos beaux escarpins.

 

 

Votre dévoué : Stendhal

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