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Publié par DASES-SUPAP-FSU

Etre assistante sociale, c’est un peu comme être voyante: à force d'avoir le nez dans le caca des autres, on a comme un 6ème sens, une "boule de cristal-social" qui nous permet de voir la merde venir mieux qu'un proctologue. Et la réforme des retraites, laissez moi vous dire: elle sent mauvais!

Le quotidien des retraités en situation de précarité n'a pas beaucoup de secrets pour les services sociaux. Tandis que la population vieillit, nos bureaux, les services sociaux se remplissent d’individus et d’histoires singulières qui, arrivés à un certain âge se rencontrent pour former un collectif. Ce collectif, la novlangue et autres éléments de langage politiques le nomment « précarité ». Dans la réalité, ce collectif est en situation de pauvreté et dans le langage de rue « dans la MERDE ».

Parce qu’ils sont trop âgés pour travailler ou parce que le marché du travail n’a plus de place pour eux.

Parce qu’ils n’ont pas assez cotisé.

Parce qu’ils ont enchainé les emplois précaires et/ou peu payés.

Parce qu’ils n’ont pas eu la chance de naitre dans la bonne famille, d’être encouragés dans leurs études, de « faire carrière »...

Parce qu’ils sont seuls dans une ville où il faut 2 salaires/pensions pour payer 1 loyer.

Parce que malgré des petites ressources, ils ont osé se séparer (oui « il fallait peut-être pas », on sait !).

Ils ne peuvent plus vivre sans faire appel à la solidarité.

Et ma boule de cristal social me dit que si nous n'agissons pas collectivement aujourd'hui, d’ici quelques années ce sont des centaines de milliers de retraités qui, à cause de la baisse des pensions promise par la réforme des retraites de Macron, seront dans la même situation.

 

SPOILER  :

 

 

Quand la famille, les amis, ne pourront pas ou plus aider, vous arriverez. Peut-être même avant. Certains d’entre vous préféreront solliciter les fonctionnaires anonymes du service social plutôt qu’avouer leur situation à leurs proches. Ne pas inquiéter vos enfants, qui galèrent pour trouver un emploi du fait de l’allongement des carrières et que vous êtes déjà honteux de ne pas pouvoir aider.

Vous tournerez longtemps autour du service. Ferez des cercles de plus en plus petits dans le quartier, jusqu’à finir un jour par faire les cent pas autour du service social puis en franchir la porte d’entrée.

Certains mettront tellement de temps à entrer, oser demander, qu’ils arriveront dans des situations trop dégradées pour qu’on puisse encore faire de la prévention, les empêcher de sombrer dans l'exclusion. 

Il y a des sujets qu’on n’abordera jamais. Des réalités qu’on niera des deux côtés du bureau :

Jusqu’où vous serez allés pour essayer de vous en sortir avant de vous résoudre à demander. La faim. Le froid. La précarité menstruelle…

 

Visite après visite, vous finirez pas apprivoiser la salle d’attente et ses affiches colorées faisant publicité de dispositifs auxquels vous n’aurez pas accès (pauvre oui, mais pas assez) ou d’activités gratuites mais saturées. L’ironie de cette affiche de la Ville qui vante la charte pour un accueil de qualité, placée derrière la secrétaire d’accueil seule et débordée ne vous aura pas plus échappé que le manque total de confidentialité.

Aucun détail ne vous échappera d’ailleurs. De longue date, le service public n’a plus la côte, le personnel a été réduit au fils des années alors même qu’en parallèle la pauvreté augmentait : vous attendrez longtemps d’être reçu vite fait.

Pour tuer l’attente, la gêne, vous fixerez vos souliers. Vous éviterez le regard de ceux qui comme vous, attendent. Qu’est-ce qui peut bien les amener ? Vous ne cherchez pas à faire connaissance ni discuter. Vous avez beau être ici aussi, vous croirez encore à la fable de « l’autre », de « l’assisté ». Vous croirez encore, et peut-être toujours, être le seul à être ici contraint et forcé.

C’est d’ailleurs bien par là que vous commencerez, une fois l’assistante sociale arrivée. Vous mettrez un point d’honneur à longuement lui expliquer que vous n’êtes pas comme les autres : pas ici pour profiter, que vous avez fait tout ce qu’il fallait, travaillé toute votre vie, cotisé, fait de votre mieux pour ne pas en arriver ici, à demander. D’ailleurs, la plupart d’entre vous ne demanderont rien, attendront que l’assistante sociale propose. Et avec un peu de chance, du haut de ses 63 balais (dont 40 à écouter toute la journée des gens de plus-en-plus-dans-la-merde à qui elle a de moins en moins de solutions à proposer), elle aura encore l’ouïe, la foi et l’énergie de vous offrir le minimum : un peu d’écoute et de considération !

Bien que vous ne soyez pas assez à l’aise pour vous installer et enlever votre manteau dans le bureau de l’assistante sociale, il vous faudra assez vite vous mettre à poil. Vous raconter à cette inconnue : pour qu’elle obtienne de quoi vous nourrir, il faut d’abord qu’elle nourrisse son rapport social, donne vie sur le papier à une version de vous que les commissions auront envie d’aider (le « bon » pauvre). Il faudra montrer vos papiers, prouver, accepter d’être fiché, renoncer à une part de votre intimité, accepter docilement les demandes à la limite de la légalité de la toute puissante administration… pour avoir une chance (ou pas) d’être aidé !

Vous tomberez des nues quand vous découvrirez la réalité de ces aides qu’on dénonce à longueur d’années. Ou pas. Vous étiez peut-être assistante sociale il n’y a pas si longtemps… Vous voilà désormais retraitée, de l’autre côté du bureau, angoissée : vous en avez assez vu pour savoir à quelle rapidité une situation sociale peut se dégrader… Fréquenter le service social toute votre vie, pour vous non plus c’était pas le projet !

En sortant du bureau, la première fois, vous reviendrez sur l’idée de l’aide gratuite : tout se paie, même au service social où vous venez de laisser un bout de l’idée que vous vous faisiez de votre dignité. L’idée seulement. Car vous aurez vite fait de découvrir que les salles d’attente des services sociaux débordent de longue date de gens qui comme vous, ne sont ici que contraints et forcés et qui n’auraient pas demandé mieux …que de ne pas avoir à demander !

Evidement, le mois suivant, votre pension de retraite n’aura pas augmenté. Vous reviendrez demander de l’aide pour le loyer, l’électricité, la mutuelle ou simplement pour manger.

Alors, petit à petit, vous vous y ferez. Dans quelques rendez-vous vous aurez totalement banalisées ces petites humiliations qui, la première fois, vous ont tant coûté. Après tout, aurez-vous encore le choix ?

 

Bienvenue au service social, chers retraités !

 

Parce qu'il est encore temps de nous défendre,

Pour un autre projet de société pour nous, nos enfants, nos ainés, 

Le SUPAP FSU, au sein de l'intersyndicale Ville de Paris, vous invite à rejoindre massivement le mouvement de contestation contre la réforme des retraites!

 

 

Bienvenue au service social, chers retraités !

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