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Publié par DASES-SUPAP-FSU

Dans « Travail Social : Osons affirmer de nouveaux droits », différents auteurs proposent des billets sur certains usages du travail social, certains positionnements (professionnels ou institutionnels) qu’ils dénoncent. Chaque billet est un parti pris avec lequel le lecteur sera ou non d’accord mais qui lui permettra de réfléchir et de questionner des pratiques sur lesquelles on manque de temps pour s’arrêter.

C’est un billet-bonus à cet ouvrage que je vous propose ici et je sais qu’il ne manquera pas de vous faire réagir, c’est le but, mais petit rappel préalable : la lapidation est proscrite.

Le droit de ne pas faire de l’« éducatif ».

Je suis pas éducatrice. J’ai rien contre les éducateurs, mais simplement, c’est pas le boulot que j’ai choisi. Quand j’ai choisi, j’avais aucune idée de la différence entre une éducatrice et une assistante sociale, je connaissais pas grand-chose de ces métiers, représentations mises à part.

J’ai pas choisi d’être éducatrice parce que ça ne me disait rien de travailler auprès d’enfants, et que je voyais pas le rapport entre « éduquer » et un public adulte. Et je le vois toujours pas d’ailleurs, c’est bien là que je veux en venir.

J’aime pas l’ « éducatif » en service social.

J’aime pas la façon dont ce mot est mal utilisé,

surtout je suis en désaccord avec certaines pratiques qu’on justifie par le « travail éducatif ».

 

A la base, ça pourrait n’être qu’un problème sémantique pour moi qui travaille en polyvalence auprès d’adultes autonomes (oui, autonomes, tout allocataires du RSA qu’ils soient !). Je considère pour résumer que mon travail c’est d’accompagner ces adultes vers « du mieux », de les orienter de manière à ce qu’ils puissent faire évoluer positivement leurs situations en utilisant divers outils. Cela suppose de travailler avec eux à leur position dans un cadre qui s’impose à nous tous : le réel. Le réel et son absence de logement, sa CAF-à-la-CON, ses régles/lois avec lesquelles on peut ne pas être d'accord mais qu'il faut respecter quand même, son marché du travail sévère, ses gosses trop relou mais qu’il faut pas taper quand même, sa CNAV DE MERDE etc...

J’éduque pas, j’accompagne. J’accompagne des adultes dans des difficultés-réalités qu’ils connaissent souvent mais qu’ils ont du mal à accepter parfois, qu’ils cherchent à contourner peut-être, ou auxquelles ils refusent/n’arrivent pas à se confronter. Petit à petit, je tisse mon lien, ma toile, je fais médiation pour que chaque singularité puisse s’inscrire du mieux qu’elle peut dans le cadre, dans le réel.

 

Certains diront peut-être que ce que je viens de décrire est de l’éducatif ou se rapproche de la définition qu’ils s’en font en travail social. Mais la position que je viens de décrire est une position de médiation : la position est souvent dite "éducative" en polyvalence quand elle se traduit par des actes forcés, des oppositions dont la finalité est d’imposer le cadre. Deux exemples concrets et quotidiens :

Monsieur Surendetté est en difficulté financière et sollicite une aide financière à laquelle s’oppose l’évaluation réalisée par le professionnel. Ici la position éducative peut conduire le professionnel à marquer une opposition forte à l’instruction de la demande d’aide voire à un refus d’instruire la demande (ce qui est assez courant mais néanmoins totalement hors cadre puisqu’illégal).

Madame Enretard a rendez-vous à 10h et se présente à 10h20. Ici la pratique « éducative » consiste souvent par systématisme à ne pas recevoir la personne (tout disponible que soit le professionnel) pour lui apprendre le cadre, la ponctualité.

Je vous parle pas de la notion de travail éducatif budgétaire, répandue jusqu’aux allocataires du RSA ! Ca me donne envie de contacter ENDEMOL pour lancer KOH-RSA : on lâche 12 CESF à Paris avec un RSA et celle qui tient le plus longtemps sans bosser, faire la manche ou demander une aide-fi remporte la grande finale et un chèque d’un montant exceptionnel de... du SMIC.

 

Il y a, selon moi, dans l’« éducatif » tel qu’il est le plus souvent (mal) utilisé dans les services sociaux, toute une série de petites actions du genre qui sont automatisées, peu ou plus réfléchies, et qui peuvent placer les personnes accompagnées en position d’enfants qui ne savent pas se comporter correctement ni ce qui est bon pour eux. D’enfants qu’il faut éduquer en insistant bien, en accentuant, en surjouant le cadre. Bref, l’éducatif c’est (pas tout le temps mais) trop souvent « je sais/il ne sait pas » : un lien dans l’infantilisation/domination qui appuie pile là où ça fait mal tout en se prévalant de l’intérêt de la personne accompagnée (et souvent, disons-le, en épargnant au passage une tâche au professionnel). Le label « éducatif » vient ainsi parfois valoriser ou accréditer des actes professionnels finalement peu réfléchis et qu'on ne prend plus la peine d'argumenter, la sentence "c'est éducatif / pas éducatif" s'autosuffisant.

J’aime pas cet « éducatif » là, il ne me convient pas. Je vois bien certaines collègues, que je respecte professionnellement, qui font de "l'éducatif" avec des résultats que je ne remettrai pas en cause, mais je n'y arrive pas, c'est pas pour moi. Alors j’ai banni l’éducatif de mes pratiques : j’éduque pas, j’accompagne. 

Accompagner, c’est orienter, partager (autant que possible) son évaluation avec la personne concernée puis la laisser faire ses choix et expériences, assumer : SA vie d’adulte. C’est instruire la demande de Monsieur Surendeté si celui-ci maintient sa demande d’aide après avoir pris connaissance de l’évaluation du professionnel, pour travailler ensuite avec lui les conséquences (aide accordée qui n’a pas agit positivement sur la situation ou refus...), et progresser petit à petit, à son rythme. C’est recevoir Madame Enretard si cela est possible, et lui dire qu’elle aurait pu avoir moins de chance si vous n’aviez plus été disponible. C’est réfléchir à la singularité de ces comportements, à leur sens, à la façon de les travailler et à ce qu’ils provoquent chez nous. C’est travailler les situations avec les personnes concernées. Et non, ce n’est pas dire oui à tout ou tout accepter : c’est employer d'autres méthodes pour tenter de concilier les singularités au cadre, à la réalité.

 

L'auteurE du présent billet reste anonyme, craignant une lapidation "éducative"

 

 

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Delphine 27/10/2019 10:34

Mais trop ! Merci !!!!