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Publié par DASES-SUPAP-FSU

La coupe est pleine pour les services sociaux parisiens, dont les agents sont en grève. Ils sont pas contents.

Pas contents de leurs conditions de travail (manque de personnes humaines pour répondre aux parisiens humainement), pas contents de la façon dont ils sont sommés d’abattre le travail social (en oubliant ses principes), pas contents de leurs salaires et primes (risibles).

Alors pour répondre à cette grogne, la direction du CASVP a trouvé LA solution : faire des réunions !

  • Des réunions sur les effectifs et la charge de travail où on t’explique qu’on va demander aux agents de consacrer plus de temps à produire des stats pour prouver qu’ils ont du travail ( bien sûr, si les agents débordés n’ont pas le temps de rentrer leurs chiffres – préférant garder le peu de temps qu’il leur reste pour s’occuper du public – les stats seront nulles et diront que lesdits agents manquent de travail !).
  • Des réunions sur la perte de sens du travail social où on t’explique que tout va s’arranger grâce à un travail en partenariat avec la CAF (si,si).

Bref, des réunions où on t’explique que tout ira bientôt mieux (mais pas demain, y’a réunion).

 

Le 26 janvier, jour de grève, l’administration a vendu aux organisations syndicales une nouvelle réunion prévue le lendemain en annonçant que de vraies propositions d’augmentation des salaires y seraient faites.

C’est donc motivée que je me suis rendue à la réunion « régimes indemnitaires » avec ma collègue du SUPAP qui, bien qu’assistante sociale elle aussi, est forte en maths/calcul de primes, lecture de fiches de paie et compréhension des sigles sauvages inventés par l’administration pour qu’on puisse pas comparer nos salaires (Momo, elle est vachement intelligente, elle a fait l’école d’assistante sociale).

Vendredi soir, 16h30 (le moment rêvé pour une réunion), tout le monde est au taquet ! Entre les grèves, mouvements locaux et réunions, on a limite l’impression cette semaine de voir les représentants de l’administration et de l'intersyndicale plus souvent que nos gosses. On se voit autour d’énormes tables où on se comprend pas, on s’engueule y’a de la mauvaise foi, bref : c’est devenu la famille. Et à force de rejouer chaque jour la scène d’engueulades du repas de Noël, on finit par devenir de mauvaises caricatures de nous-mêmes : limite on serait meilleurs dans un jeu de rôles, à s'imiter les uns les autres.

Au menu ce soir : du RI (régimes indemnitaires). Mais avant: du suspens.

On nous distribue d’abord de jolies feuilles imprimées en couleur. Comme la direction aime pas donner des chiffres aux syndicats, quand elle en donne un, elle le décline en 4 graphiques et 6 couleurs qui remplissent la page et essaient de donner l’illusion d’une myriade d’information…

Ensuite, on lance le power point (comme la télécommande marche pas, on réquisitionne un gentil Monsieur qui aura pour tâche de s'asseoir sur son vendredi soir et de rester assis pour tourner les pages du power point tous les quart d’heure). Le power point, on a le droit de le regarder, mais pas d’en avoir une copie : faudrait pas qu’on puisse utiliser les informations qui y figurent pour mettre l'administration face à ses contradictions lors de prochaines réunions ! Du coup, au SUPAP, on pense sérieusement à s’équiper de stylos genre James Bond qui photographieraient discrètement les power point top secrets pendant les réunions (mais pour ça on a besoin de thunes, soutenez-nous : syndiquez vous !).

Pendant plus d’une heure, le power point top secret défile et Monsieur L, dans son costard ajusté, la barbe impec, nous explique un truc que je schématiserai comme ça :

Bref, Monsieur L parle chinois. Il parle chinois couramment, très à l’aise avec ses taux directeurs, enveloppes et autres assiettes. Il est tellement à l’aise en chinois, que, comme feu mon prof de maths, je suis pas sure qu’il réalise qu’il a perdu 50% de la salle. Même certains représentants de l’administration à ses côtés piquent du nez, ou jouent à Candy Crush sur leurs smartphones en se donnant l’air de répondre à des mails ultra-urgents-auxquels-ils-doivent-répondre-maintenant-sinon-ce-sera-la-fin-du-monde-ou-pire-la-fin-du CASVP !

Mais Momo s’accroche. Elle a fait plein de calculs, et évalué à l’aide des informations fournies (taux appliqués, taux maximums possibles), que l’administration avait la possibilité de faire progresser les salaires …de beaucoup : elle fait donc part de son impatience d'entendre les propositions qui vont être faites !

Un camarade de l’intersyndicale insiste et demande pourquoi il ne nous a pas été fourni une copie papier du power point top secret. La question agace Mme B, qui répond en soupirant que si elle avait distribué une version papier, les syndicats auraient rien écouté et lu les documents en avance. C’est officiel : on est de retour au collège ! Je suis à deux doigts de démonter mon stylo pour le transformer en lanceur de boulettes en papier…

 

Mais voilà enfin l’heure de la fin du cours magistral et du suspens : Mme B et Mme G annoncent qu’il est temps de faire des propositions de revalorisation des régimes indemnitaires… pour les Secrétaires Médico Sociaux et les Assistants Sociaux Educatifs. Pas pour les adjoints administratifs et les Conseillers Sociaux Educatifs, pour eux on a même pas eu de chiffres, l’administration – étonnée qu’on les lui demande – a expliqué ne pas y avoir pensé… Et ils ont pas pensé non plus à leur revalorisation indemnitaire (si les CSE continuent de se mobiliser comme ça, on sera bientôt mieux payés qu’eux !).

On tend une oreille attentive et ils nous annoncent que :

On n’a pas envie de comprendre. On n’arrive pas à y croire… On pose quelques questions pour être sûrs d'avoir bien compris ce qu'on nous propose... 

De leur côté, les représentants du CASVP font pas les fiers. Ils défendent le projet avec autant de fierté et de conviction que moi quand je propose à Monsieur Aubouduroulot de passer la nuit dans la salle d'attente d'un hôpital après avoir essuyé un refus du 115...

Autant vous dire que Momo et moi on n'était vachement pas contentes d’avoir raté le début de la soirée apéro / ATD quart Monde organisée par le syndicat ce soir là, pour ça. Du coup, on a rappelé à l’administration que même si les agentEs - très majoritairement des femmes - avaient choisi le social, elles n’ignoraient pas que « bonne, ça s’écrit pas avec un C », on a dit qu’on n’était pas contentes et on est parties. 

Avec nos camarades de l'intersyndicale, on reviendra quand l'administration sera disposée à faire des propositions respectueuses des personnels. Mais pas demain : y'a mojitos !

 

Séverine

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