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Publié par DASES-SUPAP-FSU

Pour communiquer, les Travailleurs Sociaux et leurs "Gestionnaires" ont encore du travail à faire !

Pour communiquer, les Travailleurs Sociaux et leurs "Gestionnaires" ont encore du travail à faire !

L’autre jour, j’avais réunion de service et je suis arrivée en retard. Je sais c’est pas bien, mais j’avais rendez-vous avec une dame avec l’association Crésus, alors c’est mieux qu’avoir piscine pour arriver en retard en réunion de service.

Ca me fait toujours un peu drôle de donner rendez-vous avec Crésus à des gens qu’ont plus un kopeck, mais je ne reprocherai jamais à personne de faire preuve d’humour. Ils auraient aussi pu l’appeler « dans ta face Cofinoga » mais c’était plus long.

 

Bref je débarque en réunion de service où la « CST » projetait des « slides », des tableaux qui établissent un « diagnostic du territoire », auquel nous, les agents de base, on n’est pas du tout associés sauf pour regarder les slides. Elles rédigent aussi maintenant une « newsletter du territoire » qui est sans doute très intéressante mais qui vient s’ajouter à la pile de mails que je ne lis pas… alors forcément, cette approche du territoire me laisse plus que dubitative (d’autant que personnellement, je travaillais beaucoup mieux en partenariat avant l’apparition des CST et la formalisation de la chose). Mais c’est pas à la mode, ce constat, aujourd’hui on pense que pour être efficace et « essaimer » les bonnes idées il faut formaliser et uniformiser les pratiques.  Je suis out of the plaque…

Me voilà interrompue dans ma dubitation par l’arrivée des informations « descendantes », suivies des réactions « remontantes ».

Ca donne des propos du genre « les travailleurs sociaux sont un corps mouvant » « je ne vais pas vous détailler des procédures qui s’introduisent dans un process » « avec Piaf, il y aura des bordereaux de numérisation des RIB » « on est sur le sujet !!! »

Et des infos du genre : formation obligatoire aux logiciels Piaf (pardon Edith !) et Geodessss, puis groupes de travail pour déboucher sur des méthodes d’organisation qui intègrent ces logiciels. Encore une plaque à côté de laquelle je pense que je vais demeurer.

Les échanges qui suivent valent leur pesant de cacahouètes :

  • Une collègue qui n’a pas de téléphone depuis 4 mois, si si c’est vrai, s’entend répondre que ca a été signalé en haut lieu (ce dont je ne doute pas) et que « c’est la faute à la DASES »
  • Une autre, et je la remercie, pointe un problème « d’harmonisation des P », ce qui fait rire quelques bécasses de mon acabit à l’humour scato. En fait c’est le logiciel Outlook qui recense la présence des usagers qui déconne et le P de Présent s’affiche parfois avec une heure de retard et bordélise les permanences.

Etc, etc, On ne parle que de ça, de la forme, des logiciels qui déconnent, du SIAO qui fonctionne comme la SNCF, de Chronogestor qui nous casse encore plus les pieds, depuis le passage au CASVP, au quotidien avec ses multiples exigences concernant nos horaires, congés, absences… etc.

A aucun moment, il n’est question vraiment de travail social ou de questions de fond.

 On a toujours parlé du fonctionnement du service en réunion et il y a toujours eu des trucs qui merdaient. Mais là, on dirait qu’il n’y a plus que ça, que la forme est devenue une finalité et pour moi, on avoisine la science-fiction.

 

Heureusement, le midi, il y avait AG, à la bourse du travail, rue du Château d’Eau, salle Eugène Pottier. En descendant l’escalier, l’odeur de parquet ciré, de chiottes pas refermés et de chaleur humaine m’a fait chaud au cœur. La salle était bondée, il y avait des gens à l’entrée, des gens assis par terre et 4 syndicats qui animaient ça intelligemment! Là, des travailleurs sociaux, des SMS, des CSE aussi, de polyvalence, des Permanences pour Sans Abris. Tout Paris représenté, ou presque. Des gens venus dire de façon simple, vraie, engagée, parfois peu policée, qu’ils voulaient continuer à faire le boulot auquel ils croient. Des gens déterminés à ne pas se laisser transformer en distributeurs de prestations, à ne pas faire vitrine au détriment d’un réel accompagnement social. Ils parlaient mon langage !

On était tous déterminés et d’accord pour nous mobiliser, pour demander à l’administration de garder « les moyens humains pour que nous puissions rester humains ». Elle n’est pas de moi cette phrase mais je l’ai adorée. Et dans les PSA, c’est vraiment d’actualité !

C’est bordélique les AG, c’est chaotique, on s’enflamme, on gueule parfois et même on dit des gros mots. Mais c’est la vraie vie qui transparaissait et c’était aussi les valeurs des professionnels travaillant dans les services sociaux qui s’exprimaient, ainsi que leur détermination à agir.

C’est celle-là ma planète et je vous invite à la rejoindre si vous voulez continuer à faire du vrai travail social.

Regardez ce que sont devenues les AS « volantes » à Paris. Avant, elles remplaçaient les AS de polyvalence en congé mater ou en longue maladie. Elles répondent aujourd’hui aux urgences des services et aux urgences politiques sans aucune anticipation de la durée de leur mission (ce qui est vraiment un gage d’accompagnement social au rabais pour l’usager ! ) de la canicule aux camps de migrants en passant par la crue de la SEINE et tout ça en quatrième vitesse pour répondre à la commande politique.

Nous avons une éthique et une pratique à défendre ! Faisons le savoir à Mme Hidalgo.

 

Véronique

 

NB : Mes propos ne visent en aucun cas des personnes en particulier. Mon constat concerne les pratiques en service social à Paris dont les évolutions m’interrogent fortement et que l’on retrouve dans de nombreux services.

 

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H
ça m'a bien fait rire votre manière de dire quelque chose de très triste au fond. Mais le traiter ainsi a beaucoup de force. Merci donc , on se sent moins seul du coup , c'est peut-être pas révolutionnaire mais qui sait .
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